Bank Al-Maghrib maintient son taux directeur
Bank Al-Maghrib décide de prolonger son statu quo et maintient inchangé son Taux Directeur à 2,25% lors de sa 2ème réunion de politique monétaire de l’année 2026 en ligne avec le consensus du marché. Il s’agit du 5ème statu quo consécutif de Bank Al-Maghrib (BAM) après un cycle accommodant d’une série de trois baisses de Taux Directeur de -25 PBS chacune entre juin 2024 et mars 2025. Cette pause intervient dans un contexte inflationniste mitigé mais qui demeure maîtrisé au Maroc. Après un creux à -0,8% en janvier 2026, l'IPC rebondit de +1,7% en avril 2026 avant de ralentir légèrement de +1,2% un mois après sous l'effet du choc énergétique induit par la guerre au Moyen-Orient. En revanche, l'inflation sous-jacente reste négative à -0,1% en glissement annuel, signal que la hausse actuelle de l’inflation demeure d'origine exogène plutôt que le résultat d’une surchauffe de la Demande intérieure.
Nous relevons trois principaux facteurs qui confortent la décision de Bank Al-Maghrib :
- Le Maroc devrait atteindre un nouveau palier de croissance à compter de 2026E. En dépit de la légère révision à la baisse des prévisions de croissance économique pour l’année 2026E, celle-ci devrait dépasser les 5% à 5,2%. Il s’agit du niveau le plus élevé depuis 2021. Une telle situation ne justifierait pas d’actions accommodantes urgentes de la part de la Banque Centrale ;
- Révision à la hausse de la trajectoire d'inflation sous l'effet des tensions géopolitiques. Le relèvement des perspectives d’inflation au Maroc à 1,5% en 2026E et à 2,1% en 2027E resserre mécaniquement le coussin des Taux réels (spread Taux Directeur/inflation) et réduit significativement la marge de manœuvre accommodante ;
- Pivot restrictif de la Banque centrale européenne (BCE) à compter de juin 2026. La 1ère hausse du Taux Directeur de la Banque centrale européenne (BCE) depuis septembre 2023 de +25 PBS en juin 2026, conjuguée à une probable hausse du Taux Directeur de la FED d’ici fin 2026, conforte la posture de statu quo de Bank Al-Maghrib en évitant d’accentuer le différentiel de Taux réels au détriment du MAD.
Avis d'expert
Avec le maintien du Taux Directeur inchangé en juin 2026, Bank Al-Maghrib confirme sa gestion prudente face à un risque inflationniste de plus en plus élevé. La prolongation du choc énergétique, l’accélération de l’inflation à l’international et le pivot monétaire restrictif des grandes banques centrales constituent autant de facteurs susceptibles de porter l’inflation domestique au-delà de 1,5%, voire jusqu’à 2% en glissement annuel à horizon 2027E. Néanmoins, nous restons convaincus que la campagne agricole exceptionnelle et le maintien de l’inflation sous-jacente à un niveau très contenu, soit de 0,2% en 2026E, constituent deux boucliers domestiques solides pour préserver l’inflation en dessous de la cible de 2%.
Dans ces conditions, nous anticipons une pause monétaire prolongée jusqu’à fin 2026, dans l’attente d’évaluer la portée du choc énergétique et son impact sur l’inflation importée. Une normalisation progressive du Brent à l’international, conjuguée à la reprise de la trajectoire désinflationniste à MT au Maroc, pourrait toutefois rouvrir la voie à un nouvel assouplissement à compter du S2-27.
Vers un durcissement de la politique monétaire mondiale
La BCE met fin à sa pause monétaire, la FED prolonge son statu quo monétaire
Après un cycle d’assouplissement cumulé de -200 PBS depuis juin 2024, la BCE décide de relever son Taux de dépôt de +25 PBS à 2,25% en juin 2026. Cette décision marque une inflexion restrictive après 11 mois de statu quo, dans un contexte marqué par une remontée visible des tensions inflationnistes en Zone Euro. À l’origine, l’inflation européenne a nettement rebondi pour atteindre 3,2% en mai 2026, soit un niveau largement supérieur à l’objectif de stabilité des prix de 2%.
Cette évolution demeure principalement attribuable à la hausse des prix énergétiques, dans un environnement géopolitique encore incertain. À travers cette décision, la BCE privilégie la préservation de l’ancrage des anticipations inflationnistes, quitte à durcir ses conditions monétaires malgré une croissance toujours fragile. D’ailleurs, cette inflexion ne semble pas isolée à l’échelle internationale, plusieurs Banques Centrales ayant amorcé un durcissement de leur politique monétaire au T2-26, à l’instar de la République Tchèque (+25 PBS), des Philippines (+50 PBS) et de l’Indonésie (+100 PBS).
Aux États-Unis, la FED a décidé de maintenir inchangée sa fourchette cible des Fed Funds lors de sa réunion de juin 2026. Ce statu quo intervient dans un contexte d’arbitrage complexe entre, d’une part, une inflation toujours élevée à 4,2% en mai 2026 et, d’autre part, une activité économique qui reste relativement résiliente. L’institution préfère ainsi temporiser afin d’évaluer les effets retardés du choc énergétique, du resserrement des conditions financières et de la remontée des tensions géopolitiques sur l’économie du pays.
Des anticipations de taux directeurs de plus en plus prudentes à horizon CMT
Les nouvelles projections macroéconomiques de la BCE traduisent une détérioration du couple inflation-croissance en zone euro. L’inflation devrait s’établir à 3,0% en 2026E avant de ralentir à 2,3% en 2027E, tandis que la croissance resterait modérée à 0,8% en 2026E et à 1,2% en 2027E. Dans ces conditions, les opérateurs de marché n’écartent plus le scénario d’un durcissement supplémentaire de la politique monétaire au T3-26, soit une hausse additionnelle de +25 PBS à 2,50%. Cette trajectoire reflète la volonté anticipée de la BCE de contenir les effets de second tour du choc énergétique et de préserver l’ancrage des anticipations inflationnistes autour de sa cible de 2%.
Côté FED, le statu quo de juin confirme l’absence d’urgence à assouplir la politique monétaire américaine. Les membres du comité de politique monétaire anticipent désormais une hausse du Taux Directeur en 2026E avec une médiane de 3,8%, avant une normalisation plus marquée de sa politique monétaire durant la période 2027E-2028E vers 3,4%. Cette trajectoire confirme la priorité accordée par la FED à la stabilité des prix, dans un contexte où l’inflation resterait durablement au-dessus de la cible de 2% à CT. Les anticipations de marché confirment également cette prudence. Les opérateurs privilégient un maintien des Taux de la FED à leurs niveaux actuels à CT, tout en intégrant une probabilité croissante d’un relèvement supplémentaire en cas de persistance des tensions inflationnistes d’ici septembre 2026.
Des anticipations d'inflation nettement revues à la hausse
Les perspectives d’inflation au Maroc en 2026E ont été significativement relevées en juin 2026. En effet, l’inflation devrait atteindre 1,5% en 2026E contre 0,8% anticipé en mars, et 2,1% en 2027E, sous l’effet du renchérissement du Brent désormais projeté à 92,3 $/bbl en 2026E (contre 79 $/bbl précédemment).
L’inflation sous-jacente devrait rester contenue à 0,2% en 2026E, mais devrait s’accélérer fortement à 2,9% en 2027E, réduisant considérablement la marge de manœuvre accommodante de Bank Al-Maghrib. Parallèlement, Bank Al-Maghrib révise à la baisse sa prévision de croissance à 5,2% en 2026E, portée par un rebond agricole exceptionnel à 90 MQx, soit un plus haut depuis 5 ans, mais demeure limitée par des activités non agricoles légèrement moins dynamiques qu’anticipé (4,1% en 2026E contre 4,6% initialement).
Une tendance haussière des taux généralisée au Maroc et à l'international
Les Taux obligataires poursuivent leur orientation haussière depuis le début de l’année 2026 avec une accentuation sur les maturités longues qui enregistrent les plus fortes variations atteignant près de +40 PBS pour les maturités 10 ans et 15 ans. Cette dynamique reflète la révision des anticipations inflationnistes des investisseurs dans un contexte marqué par la persistance des tensions sur les prix énergétiques liées au conflit en Iran ainsi que la hausse du recours du Trésor au marché intérieur des BDT, légèrement réduit par la dernière émission Eurobond de 2,25 MM€ en mai 2026.
À l’international, l’évolution des Taux 10 ans des principales économies avancées confirme cette tendance haussière dans le sillage du resserrement du Taux Directeur de la BCE en juin 2026 et du maintien des Taux Directeur de la FED à des niveaux élevés pour la quatrième réunion consécutive.
Une transmission complète de la baisse du taux directeur vers les taux débiteurs
Le déficit structurel de liquidité bancaire s’inscrit dans une trajectoire haussière confirmée à plus de 140,0 MMDH en 2027E, porté par la progression continue de la circulation fiduciaire. Celle-ci a dépassé le seuil des 510,0 MMDH en avril 2026, soit un nouveau plus haut historique. Les avoirs officiels de réserve poursuivraient en parallèle leur renforcement à 505,5 MMDH en 2026E, puis à 542,0 MMDH en 2027E, soit l’équivalent de 5,9 et de 6,3 mois d’importations de biens et services respectivement.
Parallèlement, la transmission des baisses du Taux Directeur aux conditions de financement de l’économie est désormais complète. Les Taux débiteurs ont reculé de -77 PBS depuis le T3-2024, contre -75 PBS de baisse cumulée du Taux Directeur sur la même période. Cette normalisation intervient alors que le crédit bancaire au secteur non financier devrait augmenter de 6,8% en 2026E (contre 4,7% en 2025).
Bank Al-Maghrib : une marge de manœuvre réduite sur le taux directeur
Taux directeur : pourquoi Bank Al-Maghrib reste prudente
La révision à la hausse de la trajectoire d’inflation au Maroc réduit la marge de manœuvre de Bank Al-Maghrib pour baisser le Taux Directeur, mais demeure rassurante dans la conduite de sa politique monétaire accommodante. Les prévisions d’inflation sont désormais relevées à 1,5% en 2026E et à 2,1% en 2027E, contre 0,8% et 1,4% initialement, des niveaux en ligne avec l’objectif de stabilité des prix de Bank Al-Maghrib fixé à 2,0%.
Ainsi, l’écart entre le Taux Directeur et l’inflation se resserre à +75 PBS en 2026E, contre +145 PBS en mars dernier. Ce cadre plus contraint, conjugué aux chantiers structurants identifiés par Bank Al-Maghrib, à savoir le ciblage de l’inflation et la flexibilisation du MAD à MT, impose un calibrage plus fin des décisions de Taux Directeur. Celui-ci devrait inciter Bank Al-Maghrib à prolonger son statu quo en 2026E, voire durant le S1-27, et ce, dans l’attente d’une dissipation effective des risques géopolitiques et d’une normalisation des prix énergétiques à l’international.
Par ailleurs, la stabilité du Dirham dans un environnement international moins accommodant demeure un enjeu majeur pour Bank Al-Maghrib. En effet, la 1ère hausse du Taux Directeur de la BCE depuis septembre 2023 de +25 PBS à 2,25% en juin 2026 resserre le différentiel de Taux réels avec Bank Al-Maghrib. Cette situation, conjuguée à l’alourdissement de la facture énergétique de plus de +25% en 2026E, pourrait accentuer la dépréciation du MAD à travers le canal du panier de référence (60% EUR / 40% USD). Pour leur part, les spreads de liquidité sur le marché des changes interbancaire se maintiennent en territoire négatif à -2,9% actuellement contre -3,5% en 2025. Une évolution rassurante dans un contexte qui appelle à une vigilance accrue de Bank Al-Maghrib vis-à-vis des indicateurs des échanges extérieurs du Maroc.
Risques internationaux : La résurgence de l'inflation en zone euro et aux Etats-Unis
La guerre au Moyen-Orient constitue aujourd’hui le principal facteur de risque susceptible de modifier l’équilibre de la politique monétaire au Maroc. En effet, si le conflit au Moyen-Orient devait se prolonger au-delà de l'été 2026, la hausse des prix du pétrole, l'accélération conjointe de l'inflation en Zone Euro à 3,0% et aux États-Unis à 3,6% en 2026E, ainsi que la hausse cumulée du Taux Directeur de la BCE de +50 PBS durant toute l’année 2026E, constitueraient un triple levier de transmission, énergétique, importé et de change, susceptible de porter l'inflation domestique au-dessus de l’objectif de stabilité des prix fixé à 2%.
Plus en détail, il s’agit : (1) d’une forte exposition de l’IPC aux chocs exogènes à travers la composante Alimentation & Transport qui représente un poids de près de 60% du panier marocain ; (2) d’une transmission de l’inflation importée via les prix des biens de consommation et les céréales dont le Maroc est importateur net ; et enfin, (3) d’une nouvelle hausse anticipée des Taux Directeur de la BCE en septembre 2026 de +25 PBS, réduisant le différentiel de Taux réels BAM/BCE, source de pressions dépréciatives sur le MAD.
Néanmoins, trois facteurs d’assurance devraient permettre à Bank Al-Maghrib de défendre sa politique accommodante à MT. Il s’agit de :
- Campagne agricole 2025−2026 exceptionnelle : Celle-ci maintient une pression baissière sur les prix alimentaires, amortissant partiellement le choc énergétique international sur le panier du consommateur marocain ;
- Prévisions d’inflation sous-jacente rassurantes de Bank Al-Maghrib : Celle-ci est projetée à 0,2% en 2026E, confirmant l'absence de pression sur la Demande, ne nécessitant pas d’action monétaire restrictive de Bank Al-Maghrib à CT ;
- Réserves de change et ancrage du MAD : Les AOR dépassent 500 MMDH (5,9 mois d'importations) en 2026E, conférant à Bank Al-Maghrib la capacité de défendre le corridor MAD sans sacrifier sa politique accommodante.