Afrique : Une dynamique soutenue du marché des Eurobonds en 2025
L’année 2025 a été marquée par la poursuite de la dynamique du marché des Eurobonds en Afrique, confirmant la tendance positive entamée en 2024. Après un volume total d’émissions de 13,7 MM$ en 2024, l’année 2025 a enregistré 14 émissions souveraines réalisées par huit pays africains, pour un montant cumulé de 15,7 MM$, soit une hausse de 15% par rapport à l’année précédente. Cette tendance reflète un appétit accru des investisseurs étrangers pour la dette africaine.
Parmi les opérations majeures, la Côte d’Ivoire à émis un Eurobond de 1,75 MM$ destiné au refinancement de dettes arrivant à maturité et au développement des projets d’infrastructure. Pour sa part, le Bénin a réalisé 1 MM$ avec comme objectifs le remboursement des emprunts existants et le financement de projets dans l’Énergie et les Transports. Le Kenya a émis 1,5 MM$, destinés à honorer une échéance d’obligations et à renforcer la trésorerie publique. L’Angola est revenu sur le marché après plusieurs années d’absence à travers une émission structurée visant à refinancer sa dette extérieure et à préparer la liquidité pour des projets stratégiques dans les secteurs pétroliers et portuaires.
Le Maroc renforce sa présence en 2025
Le Maroc, acteur traditionnel du marché des Eurobonds, a renforcé sa présence en 2025 en levant 2 MM€. Une émission destinée à refinancer sa dette et à alimenter son programme d’investissement de 380 MMDH en 2026E. Cette opération a bénéficié d’une forte Demande des investisseurs. D’autres pays, tels que le Nigeria, le Ghana et l’Afrique du Sud, ont également contribué à cette dynamique à travers des levées significatives. Globalement, l’objet des émissions réalisées en 2025 converge vers le roll-out d’obligations arrivant à échéance et la mobilisation de ressources destinées aux grands projets d’investissement public. Face à ces besoins, les bailleurs de fonds maintiennent leur confiance et alimentent les besoins des émetteurs en dépit des incertitudes, telles que la transparence budgétaire, la volatilité des prix des matières premières, les tensions géopolitiques et la persistance des pressions inflationnistes.
Pour l’indice AGR Africa Bond Index, cette période d’activité soutenue sur le marché s’est traduite par l’intégration de nombreuses nouvelles émissions obligataires. La forte dynamique sur le marché des Eurobonds africains a permis d’ajouter plusieurs titres répondant aux critères d’inclusion de l’indice. Au total, 12 nouvelles lignes obligataires, représentant 13 MM$, ont été intégrées à l’indice au cours de l’année 2025. En revanche, 9 lignes obligataires ont été retirées de l’indice, en raison d’une maturité résiduelle inférieure à six mois, ce qui ne répond plus aux critères d’inclusion fixés pour l’AGR Africa Bond Index.
Facteurs impactant la dynamique du marché des Eurobonds en Afrique
La poursuite de la dynamique positive du marché des Eurobonds souverains en Afrique en 2025 s’explique par plusieurs facteurs macro économiques et structurels, ayant renforcé l’attractivité de la dette africaine et amélioré l’accès des émetteurs aux marchés internationaux.
- Assouplissement des politiques monétaires internationales : L’orientation plus accommodante de la Réserve Fédérale Américaine (Fed) et de la Banque Centrale Européenne (BCE) a contribué à améliorer les conditions de financement. La stabilisation puis le début du cycle de détente des taux directeurs ont favorisé la baisse du coût de financement des pays africains, atteignant leurs niveaux les plus bas depuis 2019.
- Renforcement de l’appétit des investisseurs internationaux : Les émissions souveraines africaines ont enregistré une Demande soutenue en 2025, comme en témoigne l’Eurobond de 2,0 MM€ émis par le Maroc, largement souscrit, reflétant la confiance des investisseurs dans son cadre macroéconomique et budgétaire. De la même manière, la Côte d’Ivoire a levé 1,75 MM$ en 2025 à des coûts de financement inférieurs à ceux observés lors de ses précédentes émissions.
- Amélioration des notations souveraines : Plusieurs pays africains ont renforcé la transparence budgétaire, clarifié leurs trajectoires de dette et, pour certains, mis en œuvre des programmes avec le Fonds monétaire international (FMI), réduisant ainsi la perception de risque et rassurant les investisseurs sur la soutenabilité de la dette à moyen terme. Ainsi, en 2025, plusieurs pays africains ont vu leurs notations souveraines relevées, reflétant des progrès macroéconomique et budgétaire et renforçant la confiance des investisseurs. L’Afrique du Sud est passée de BB‑ à BB, le Maroc de BB+ à BBB‑, l’Égypte de B‑ à B, et le Ghana de CCC+ à B‑, signalant une confiance dans la soutenabilité de la dette et facilitant l’accès aux marchés internationaux tout en réduisant les coûts d’emprunt. Cette dynamique se reflète dans le resserrement des spreads et CDS souverains entre 2023 et 2025 : Au Maroc, les spreads se sont contractés de 120–150 PBS et le CDS 5 ans est autour de 100 PBS. En Côte d’Ivoire, les spreads ont baissé de près de 200 PBS avec un CDS à 180–200 PBS. Au Ghana, le CDS passe de plus de 1.500 PBS à 700–800 PBS. En Afrique du Sud, les spreads se sont réduits de 150–200 PBS avec un CDS autour de 150–200 PBS, traduisant un regain de confiance des investisseurs.
- Diversification des sources de financement : Le recours croissant à de nouveaux instruments, notamment les sukuks islamiques, a élargi la base d’investisseurs offrant aux émetteurs africains des alternatives complémentaires aux Eurobonds classiques, en particulier auprès des investisseurs du Golfe et d’Asie.
Amélioration de la qualité de signature du Ghana : analyses des facteurs
En date du 5 novembre 2025, l’agence de notation S&P a relevé la note du Ghana de CCC+ à B-, soulignant l’amélioration de sa liquidité et la réduction des risques financiers. Moody’s a également ajusté sa notation de Caa2 à Caa1, tandis que Fitch, en juin 2025, a porté la note du pays de « défaut restreint » à B-, avec des perspectives stables.
Trois principaux arguments seraient à l’origine de l’amélioration de la qualité de signature du Ghana :
- Allègement significatif du profil de dette publique : L’amélioration de la notation repose sur les avancées notables enregistrées dans le processus de restructuration de la dette publique. Après avoir dépassé 90% du PIB en 2022, le ratio de dette est engagé dans une trajectoire baissière, avec un niveau attendu autour de 55-60% du PIB à MT ;
- Renforcement de la crédibilité budgétaire via le programme du FMI : La mise en œuvre rigoureuse du programme de financement élargi conclu avec le FMI, d’un montant d’environ 3,0 MM$, a constitué un facteur clé dans l’amélioration de la qualité de signature du Ghana. Ce cadre a favorisé une consolidation budgétaire progressive, avec un déficit public ramené de plus de 11% du PIB en 2022 à environ 3% du PIB en 2025, et une trajectoire visant un niveau inférieur à 2% du PIB à moyen terme, soutenue par une meilleure mobilisation des recettes et une rationalisation des dépenses ;
- Amélioration des équilibres macroéconomiques et externes : La stabilisation des indicateurs macroéconomiques a renforcé la perception de la soutenabilité financière du pays. L’inflation, qui avait atteint un pic de 50% en 2023, a décéléré pour s’établir autour de 20% en 2024–2025, tandis que la volatilité du taux de change s’est atténuée. Par ailleurs, les réserves de change ont été reconstituées pour dépasser 5 mois d’importations, contre un niveau inférieur à 2 mois au plus fort de la crise, contribuant à réduire les vulnérabilités externes et à renforcer la confiance des investisseurs.
Synthèses des résultats durant le S2-25
Pour cette édition, nous avons choisi de retracer le comportement de l'indice AGR Africa Bond Index (AGR ABI) durant le S2-2025. Voici les principaux résultats issus de cette analyse :
- L’indice AGR ABI ressort en hausse de +6,0 points à 98,1 points au 1er janvier 2026 contre 92,1 points au 1er juillet 2025 ;
- La valeur de l’encours du gisement affiche une amélioration de +21,4% à 101,5 MM$ contre 83,6 MM$ au S1-2025. Le nombre de constituants ressort à 76 lignes obligataires au terme du S2-2025, contre 71 lignes un semestre auparavant ;
- L’intégration de 10 nouvelles lignes obligataires, émises respectivement par le Kenya, le Ghana, le Nigeria et l’Afrique du Sud, chacune composée de plusieurs lignes, ainsi que le retrait de cinq lignes obligataires présentant une maturité résiduelle strictement inférieure à six mois. Il convient de préciser que les lignes relatives au Ghana ne résultent pas d’émissions intervenues durant le S2‑2025, mais d’Eurobonds émis en 2024. Ces lignes n’ont été intégrées à l’indice qu’au S2‑2025, suite au passage de la notation souveraine du Ghana de CCC+ à B‑, rendant ainsi le pays éligible aux critères d’inclusion de l’AGR Africa Bond Index, qui stipulent que seules les obligations notées au minimum B3 / B‑ par l’agence S&P peuvent être incluses ;
- L’indice AGR ABI est désormais représenté par 6 principaux pays suite à l’intégration du Ghana. Plus en détails, le Nigéria, l’Afrique du Sud, l'Égypte, le Maroc, le Kenya et le Ghana se partagent la représentativité dans l’indice ;
- L’analyse de la répartition actuelle de l’indice selon les notations S&P montre que les obligations notées BBB- représentent 15,0% de l’indice AGR ABI, tandis que les emprunts souverains notés BB, B et B- en constituent respectivement 20%, 32% et 32%. Par ailleurs, 70% de l’encours présente des maturités résiduelles supérieures à cinq ans.
Détails des résultats au terme du second semestre 2025
Au cours du second semestre 2025, l’indice AGR Africa Bond Index a enregistré une progression de +6,0 points, passant de 92,1 points au 1er juillet 2025 à 98,1 points au 1er janvier 2026. Par ailleurs, le semestre a été marqué par l’intégration de nouvelles émissions Eurobonds, émises respectivement par le Kenya, le Ghana, le Nigeria et l’Afrique du Sud, chacune composée de plusieurs lignes, ainsi que par le retrait de cinq lignes obligataires présentant une maturité résiduelle strictement inférieure à six mois.
- Poursuite de la hausse de la valeur de l’AGR ABI
L’AGR Africa Bond Index a gagné +6,0 points, passant d’une valeur de 92,1 points au mois de juillet 2025 à 98,1 points à la fin du S2-2025. Cette évolution positive a été accompagnée par une amélioration de la taille totale de l’encours de +21,4%, dépassant les 100 MM$. Le nombre de constituants ressort à 76 lignes obligataires au terme du S2-2025, contre 71 lignes un semestre auparavant.
- Une hausse de la maturité résiduelle
La maturité résiduelle pondérée de l’indice AGR ABI s’établit à 10,5 ans à l’issue des « rebalancements » mensuels opérés durant le S2-2025. Elle enregistre ainsi une progression de +0,5 pt par rapport au niveau observé à la fin du S1-2025. Il convient de noter que l’indice AGR ABI est représenté à hauteur de 25% d’Eurobonds ayant une maturité résiduelle supérieure à 15 ans.
L’AGR Africa Bond Index continue d’être dominé par l'Égypte, l’Afrique du Sud et le Nigéria qui préservent une forte représentativité dans l’indice. En effet, ces 3 pays représentent près de 60% de l’encours tandis que le Maroc, le Kenya et le Ghana se partagent les 40% restants. En nombre de lignes, parmi les 76 constituants actuels de l’AGR Africa Bond Index, l’Égypte compte à elle-seule 24 émissions obligataires, soit près de 34% de notre univers.
La note du Maroc a progressé de BB+ à BBB-
Le nombre de lignes constituant l’indice AGR ABI ressort à 76 en janvier 2026. En marge des rebalancing mensuels de l’indice AGR ABI opérés durant le second semestre de l’année 2025, nous relevons :
- L’intégration de 10 nouvelles lignes obligataires, émises respectivement par le Kenya, le Ghana, le Nigeria et l’Afrique du Sud, chacune composée de plusieurs lignes, ainsi que le retrait de cinq lignes obligataires (deux de l’Égypte, et une chacune du Maroc, de l’Afrique du Sud et du Kenya) présentant une maturité résiduelle strictement inférieure à six mois ;
- À la suite de l’amélioration des notations souveraines par S&P des pays représentés dans l’indice, plusieurs relèvements ont été observés : la note du Maroc a progressé de BB+ à BBB-, l’Afrique du Sud de BB- à BB, le Kenya de B- à B et l’Égypte de B- à B. Par ailleurs, le Ghana a été intégré à l’indice suite à l’amélioration de sa notation, passant de CCC+ à B-, lui permettant désormais de satisfaire le critère minimal d’éligibilité de l’indice AGR Africa Bond Index, qui inclut uniquement les obligations notées au minimum B3 / B- par l’agence S&P. Dans ce contexte, les obligations notées BBB- représentent 15,0% de l’indice AGR ABI, tandis que les emprunts souverains notés BB, B et B- en constituent respectivement 20%, 32% et 32%.
Indice AGR ABI : une sensibilité en hausse
La sensibilité de l’indice AGR ABI enregistre une hausse par rapport à son niveau observé en juillet 2025. Ce constat reflète l’allongement de la durée de vie résiduelle de l’indice suite au retrait de cinq lignes Eurobonds dont la maturité résiduelle était strictement inférieure à six mois. Étant composé majoritairement de titres à longue échéance, l’indice est devenu plus réactif aux variations des taux d’intérêt. Ainsi, les changements dans les anticipations de marché concernant les taux d’intérêt ont désormais un impact plus marqué sur la valeur totale de l’indice. Au final, la sensibilité de l’indice AGR ABI ressort à 6,0x, contre 5,6x en juillet.
Les titres obligataires éligibles à cet indice peuvent être répartis en cinq catégories associées à différents intervalles de maturités résiduelles (0,5-2 ans, 2-5 ans, 5-10 ans, 10-15 ans et plus de 15 ans). Dans cette édition, nous relevons que l’indice AGR ABI est composé à hauteur de 70% de maturités résiduelles strictement supérieures à 5 ans.