Une croissance en Côte d’Ivoire portée par des choix stratégiques

La croissance en Côte d’Ivoire résiste avec brio à la baisse des prix des Matières Premières. Avec une progression de +6,5% en 2025, légèrement supérieure aux prévisions de la Loi de Finances 2025, le pays maintient un rythme de développement consistant. Il récolte ainsi les fruits de la poursuite de la politique de diversification, de la montée en charge de la production énergétique et du soutien apporté à la croissance économique à travers la dépense publique.

L’année 2026 devrait s’inscrire dans la continuité. Les prévisions de cours des principales MP exportées n’augureraient pas de reprise, pourtant le consensus des prévisions s’accorderait sur le maintien d’un niveau de croissance soutenu, dans un contexte de faible inflation. Pour y parvenir, les projections tiennent compte de conditions météorologiques clémentes et surtout d’un effort de dépense publique important.

Une politique économique quasi-expansionniste

En effet, les dépenses ordinaires devraient progresser de +1.529 MMFCFA, un niveau bien supérieur à la croissance des recettes de +1.369 MMFCFA. Ceci reflète le choix d’une politique économique quasi-expansionniste qui privilégie la croissance par rapport à la contraction « dans le sens absolu » du déficit budgétaire. Cette approche est également favorisée par des indicateurs fondamentaux qui se veulent plutôt rassurants. Le déficit budgétaire se situe au seuil communautaire de 3%, tandis que la dette 2026E devrait légèrement reculer à 55,4% loin de la limite recommandée par l’UEMOA de 70%. L’attention s’articule ainsi sur le service de la dette, qui représenterait 60,7% des recettes intérieures.

Enfin, la Loi de Finances 2026E apporte une série de nouvelles dispositions fiscales dont les principales sont résumées et commentées dans cette publication. À travers ces nouvelles mesures, le législateur œuvre essentiellement à : (1) augmenter les recettes publiques, (2) développer le sentiment d’équité fiscale, (3) contourner certains sujets de litige, et enfin (4) proposer des incitations fiscales aux couches sociales démunies.

Côte d’Ivoire : Résilience confirmée de la croissance en 2025

Pour l’année 2025A, la croissance économique devrait rester soutenue à +6,5%, dépassant légèrement la prévision de la Loi de Finances 2025, laquelle projetait une hausse de +6,3%. Celle-ci proviendrait d’une évolution en ordre dispersé des sous-composantes suivantes : 

  • Le secteur Secondaire tirerait sa progression de +8,0% des hausses de la production de l’Or (+6%), du pétrole brut (+43%) et du gaz (+22%) bénéficiant du retour sur investissement de l’extension de la capacité de production ; 
  • Le secteur Tertiaire puiserait sa croissance de l’évolution positive des transports (+7,1%), des télécoms (+6,7%) et des autres services (+7,8%) ; 
  • Le secteur Primaire poursuivrait un développement modeste de +2,0% après +2,4% en 2024 en raison de la contre-performance de l’agriculture d’exportation (-0,9%). À l’origine, la régression de -58,4% de la production du Café, de -10,4% du Coton graine et de -9,5% du Cacao dans un contexte de sécheresse. 

Globalement, la Côte d’Ivoire clôt son Plan National de Développement 2021-2025 avec un niveau de croissance proche de la cible de +7,0%, avec un avancement significatif des investissements en matière d’extension des capacités de production.

Un niveau de croissance du PIB supérieur aux prévisions

Parallèlement, la Côte d’Ivoire a réussi à endiguer les pressions inflationnistes en 2025, ramenant la hausse des prix à seulement 0,1% selon les derniers chiffres de (ANStat), bien en deçà du seuil communautaire UEMOA de 3,0%. En effet, la baisse des prix de l’Énergie et des Transports vient compenser la hausse des prix des produits alimentaires, de l’Éducation et des Télécoms. Cet apaisement a été favorable à la Consommation qui devrait progresser de +5,2%, alors que l’investissement brut réaliserait une performance de +10,5%. Une situation qui pallie relativement à l’évolution peu favorable du secteur Extérieur où les exportations progresseraient de +7,5% contre +8,6% pour les importations.

En matière de finances publiques, le déficit budgétaire 2025A devrait être globalement conforme aux prévisions de la Loi de Finances, soit 3,0% du PIB. Ceci a été rendu possible grâce, d’une part, à des taux de réalisation des objectifs ‘Recettes et Dons’ équivalents à ceux des ‘Dépenses’, et d’autre part à un niveau de croissance du PIB supérieur aux prévisions.

Une croissance économique vivace en Côte d’Ivoire en 2026E

L’année 2026E devrait s’inscrire dans la continuité avec une croissance du PIB de +6,7%, en légère accélération comparée au niveau attendu en 2025 de +6,5%. Cette projection s’appuie sur une évolution homogène des sous-composantes Primaire (+6,6%), Secondaire (+6,8%) et Tertiaire (+7,0%), contrastant avec l’année 2025 où la croissance a été tirée pour l’essentiel par l’Industrie & Services.

De manière générale, la prévision de est à peine supérieure au consensus des prévisions des institutions internationales qui stipule une progression de +6,4%. Celle-ci surperforme la projection de (BCEAO) de [+5,6%,+5,8%] pour l’ensemble de la région UEMOA, et demeure toujours au-dessus de la moyenne des pays de l’Afrique Subsaharienne de 4,3%, selon la Banque Mondiale.

Du côté de la Demande, l’Investissement brut représente toujours un soutien à la croissance avec une progression estimée à +11,1% après 10,5% en 2025E. La Consommation ne tarit pas avec une projection de +5,9% contre +5,2% une année auparavant, grâce à la progression des revenus combinée au maintien d’un environnement peu inflationniste avec une hausse des prix attendue de +1,5%. La contribution du Secteur Extérieur à la croissance demeure négative avec une progression plus forte de l’import par rapport à l’export. En effet, les prix des principales matières premières exportées sont prévus en baisse, à l’instar du Café (-30%), du Cacao (-8%) et du Pétrole (-4%).

Plusieurs projets de diversification

Globalement, la Côte d’Ivoire poursuit, avec de grandes ambitions, ses projets de diversification. Cette orientation s’avère payante dans un contexte de recul des prix des matières premières. Pour cette année 2026, les investissements devraient se focaliser sur : 

  • La construction de routes et d’échangeurs dans le cadre du projet de transport urbain d’Abidjan ; 
  • Le développement de Bouaké qui représente une zone dédiée de 549 ha promise à devenir un hub industriel et logistique clé ; 
  • La poursuite des investissements pour porter à 42% du mix d’ici 2030 ; 
  • La consécration d’un budget de 123 MMFCFA pour l’implémentation de la politique nationale de logement ; 
  • La création de centres de transformation et de renforcement des filières dans le cadre du pôle agro-industriel du Nord. 

À l’instar de l’année précédente, la croissance du PIB 2026E devrait s’appuyer cette année principalement sur la Demande intérieure sous l’impulsion de la FBCF, et dans une moindre mesure sur la Consommation. Dans l’hypothèse d’une poursuite de la baisse des Matières Premières, la Demande Extérieure constituerait plutôt un facteur de ralentissement.

Dans ce contexte, la croissance de la Consommation serait directement exposée à l’évolution des revenus et au renforcement des mesures de lutte contre l’inflation. Le climat qui règne aussi bien au niveau de la sous-région qu’au niveau international influencerait la Demande Extérieure. Enfin, cette Loi de Finances 2026 apporte une série de dispositions fiscales en faveur du logement, qui devrait constituer un pilier de l’Investissement pour cette année.

Équilibre budgétaire : une consolidation plutôt qu'un renforcement

En 2026, les Recettes et Dons devraient poursuivre leur élan haussier, affichant une progression significative de +1.369 MMFCFA à +11.226 MMFCFA (18% du PIB). Ce renforcement des ressources publiques est particulièrement appréciable dans la mesure où le secteur public compte sur les investissements pour maintenir une croissance soutenue. Dans ce contexte, les recettes fiscales qui constituent la principale source de revenus (15,7% du PIB), face à la contribution encore limitée des recettes non fiscales (1,9% du PIB) et des dons (0,4% du PIB), devraient réaliser une croissance à deux chiffres de +14%. Cette dernière tient compte : 

  • Du renforcement du dispositif de recouvrement à travers la digitalisation des procédés, la simplification du système fiscal et l’abandon des dérogations ; 
  • De la hausse de l’impôt sur les revenus et salaires en lien avec les recrutements dans le secteur public et le soutien des PME ; 
  • Du comportement de la TVA intérieure qui va de paire avec l’évolution positive de la Consommation. 

Le coût de fonctionnement du secteur public afficherait une hausse sensible cette année. Les Dépenses et prêts nets devraient progresser de manière accélérée de +1.529 MMFCFA à 13.123 MMFCFA. Les Investissements, première composante des dépenses budgétaires, devraient enregistrer un bond de +33% à 4.478 MMFCFA, soit 7,2% du PIB. Les dépenses du Personnel hors prestations sociales, deuxième poste budgétaire, afficheraient une hausse de +12,7% représentant ainsi 4,6% du PIB (5,4% y.c prestations sociales). Paradoxalement, les intérêts sur la dette affichent une progression limitée de +4,2% à 1.670 MMFCFA, pesant 2,7% du PIB. Alors que les dépenses de sécurité, après une forte hausse en 2025, retrouveraient leur niveau de 2024, soit 143 MMFCFA.

Enfin, il est important de noter que, malgré la forte progression du budget alloué aux investissements cette année, la ventilation de son financement demeure plutôt stable avec une contribution de 64% des ressources propres en 2026E contre 61% en 2025.

Une forte progression de la dépense publique

Alors que le solde budgétaire se contractait régulièrement d’un montant de près de -400 MMFCFA annuellement entre 2022 et 2025E, son niveau devrait augmenter, cette année, de +262 MMFCFA. Cette « rupture» s’explique principalement par la hausse rapide des dépenses, particulièrement celles en Capital (+1.118 MMFCFA), qui dépasse le rythme d’accroissement des recettes. Quoiqu’il en soit, le déficit budgétaire devrait se stabiliser à 3% du PIB, correspondant au seuil de tolérance communautaire, bénéficiant de l’effet dilutif de la hausse du PIB en lien avec la forte croissance attendue en 2026E de +6,7%.

Lors de notre précédente édition de la Loi de Finances 2025, nous avions mis en évidence le bénéfice de la contraction du déficit budgétaire dans un contexte de hausse substantielle du service de la dette. Au terme de l’année 2025, le coût de la dette (intérêts + amortissement) devrait tout de même atteindre 11,3% du PIB alors qu’il ne se chiffrait qu’à 7,7% du PIB en 2022.

Force est de constater que la politique économique en Côte d’Ivoire opte actuellement pour une approche quasi-expansionniste où la croissance est plutôt privilégiée à travers une forte progression de la dépense publique, avec une volonté de stabiliser le déficit budgétaire au seuil de tolérance communautaire de 3%. Ce choix s’avère judicieux dans un contexte de maintien d’une croissance forte, malgré l’absence de l’effet dilutif que pourrait induire une inflation plus forte. Une attention particulière serait portée au service de la dette qui devrait peser en 2026E 10,7% du PIB et 60,7% des recettes intérieures.

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