Dans un contexte marqué par la hausse des coûts de l’énergie et l’accélération des enjeux climatiques, l’efficacité énergétique s’impose comme un levier stratégique pour les entreprises africaines. Pourtant, malgré son potentiel, elle demeure encore difficile à financer et à déployer à grande échelle. Invité de L’Infomédiaire, Mehdi Benjelloun, Directeur général délégué d’Attijari Capital Management, revient sur le rôle structurant du Fonds Africain d’Efficacité Énergétique (FAEE) et sur les solutions concrètes mises en place pour accompagner les entreprises au Maroc et en Afrique.

Le FAEE, un modèle de financement de l’efficacité énergétique en Afrique

Les entreprises qui souhaitent engager des projets d’efficacité énergétique se heurtent souvent à des freins multiples, qu’ils soient techniques, financiers ou opérationnels. Le Fonds Africain d’Efficacité Énergétique a précisément été conçu pour lever ces obstacles. Porté par , le FAEE propose une approche intégrée, reposant sur des solutions clés en main. 

Concrètement, le fonds s’appuie sur des partenaires techniques de renom pour identifier, concevoir et déployer des projets adaptés aux besoins spécifiques des entreprises. L’objectif est clair : permettre aux clients de bénéficier de projets performants sans mobiliser leurs ressources internes, tout en garantissant un haut niveau de fiabilité et d’efficacité énergétique.

Un modèle sans investissement initial pour les entreprises

Ainsi, les entreprises peuvent se concentrer sur leur cœur de métier, tandis que le FAEE prend en charge l’intégralité des projets. Le remboursement se fait exclusivement à partir des économies d’énergie générées, éliminant à la fois le risque financier et technique.

Dès le premier mois, les économies réalisées sont partagées avec le client, contribuant immédiatement à améliorer sa compétitivité et à réduire son empreinte carbone, ce qui transforme l’efficacité énergétique en levier concret de performance économique.

Pourquoi le financement de l’efficacité énergétique reste complexe

Toutefois, si le FAEE apporte des solutions concrètes aux entreprises, il intervient dans un contexte où les projets d’efficacité énergétique restent difficiles à financer à l’échelle mondiale. Ils sont souvent de taille intermédiaire : trop modestes pour mobiliser des financements de type project finance, mais suffisamment significatifs pour impacter les bilans des entreprises.

En Afrique, cette complexité se double de coûts énergétiques élevés, ce qui fait de l’efficacité énergétique un enjeu crucial pour la compétitivité nationale et régionale. Ajouter à cela, les entreprises privilégient naturellement les investissements liés à leur activité principale, reléguant parfois les projets énergétiques au second plan.

Le manque d’incitations et de mécanismes adaptés

Un autre facteur limitant réside dans l’insuffisance des mesures économiques ou réglementaires incitant les entreprises à investir dans l’efficacité énergétique. En l’absence de mécanismes de soutien clairs ou de signaux fiscaux forts, ces projets peinent à émerger.

Dans ce contexte, le FAEE intervient comme un outil de financement et de structuration des projets. En se positionnant comme un intermédiaire financier spécialisé, le fonds permet de transformer des projets potentiels en réalisations concrètes, adaptées aux réalités économiques africaines.

Le rôle du FAEE dans le financement de l’efficacité énergétique

En effet, face aux contraintes qui freinent encore le déploiement des projets d’efficacité énergétique, le FAEE a structuré un modèle d’intervention couvrant à la fois les dimensions techniques et financières. Cette approche intégrée permet d’accompagner les entreprises de bout en bout, depuis l’identification des jusqu’à la mise en œuvre opérationnelle des projets.

Plus concrètement, le fonds intervient sur un large spectre de technologies, allant de l’éclairage et de la climatisation au chauffage, à l’air comprimé, aux moteurs industriels, ainsi qu’à l’intégration des énergies renouvelables. Quelle que soit la nature du projet, l’objectif demeure identique : réduire durablement la consommation énergétique et les factures associées, tous secteurs économiques confondus.

Lever les barrières techniques, financières et temporelles

Cette structuration permet de répondre aux principaux obstacles rencontrés par les entreprises. Outre la barrière financière, la première difficulté est d’ordre technique : l’expertise nécessaire pour identifier et qualifier les projets n’est pas toujours disponible en interne. Le FAEE prend en charge cette étape avec l’appui de ses experts.

Enfin, la barrière temporelle est levée grâce à des schémas standardisés, permettant un déploiement rapide des projets et une amélioration quasi immédiate de la compétitivité des entreprises.

Un financement structuré pour déployer l’efficacité énergétique à grande échelle

Afin de permettre le déploiement à grande échelle de cet accompagnement, le FAEE a structuré un dispositif financier innovant. Celui-ci repose sur la mobilisation de capitaux auprès d’investisseurs engagés dans des investissements responsables liés à l’énergie, dédiés au financement de projets d’efficacité énergétique de taille intermédiaire.

Ces ressources sont déployées à travers des contrats standardisés, conçus pour sécuriser les investissements et faciliter la réplication du modèle. Cette standardisation constitue un levier clé, permettant l’extension du modèle de manière cohérente, aussi bien au Maroc que dans d’autres pays africains, tout en assurant une maîtrise des risques.

Des résultats concrets depuis le lancement du fonds

Cette approche structurée commence déjà à produire des résultats tangibles. Lancé fin 2024, le Fonds Africain d’Efficacité Énergétique a réalisé avec succès une première levée de fonds de 200 millions de dirhams. Des équipes techniques sont aujourd’hui mobilisées sur le terrain pour accompagner des entreprises issues de secteurs variés.

Les premiers projets en cours visent des réductions de facture énergétique pouvant atteindre 30%, confirmant la pertinence du modèle et sa capacité à se traduire en impacts concrets pour les entreprises.

Valoriser le potentiel énergétique africain grâce au financement de l’efficacité énergétique

Toutefois, pour inscrire cette dynamique dans la durée et l’étendre à l’échelle continentale, la sensibilisation des acteurs économiques et l’existence de dispositifs incitatifs demeurent des leviers déterminants. Au-delà des gains énergétiques, ces projets contribuent également à la création d’emplois locaux et au développement de compétences techniques durables.

Un potentiel énergétique exceptionnel à valoriser

Si ces initiatives ouvrent la voie à un développement énergétique plus efficient, l’Afrique doit néanmoins composer avec plusieurs défis structurels, tels que le recours encore important à des ressources énergétiques primaires et des infrastructures parfois vétustes. Ces contraintes s’accompagnent toutefois d’opportunités significatives : la forte croissance économique du continent, combinée aux avancées technologiques, permet d’intégrer dès aujourd’hui d’efficacité énergétique.

Avec un potentiel exceptionnel en solaire et en éolien, estimé à plusieurs centaines de gigawatts à horizon futur, le continent dispose de leviers considérables pour bâtir un modèle énergétique plus efficace et durable, auquel le FAEE entend pleinement contribuer.

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