Les nouveaux leviers qui portent la croissance du Cameroun

Au Cameroun, la manne pétrolière se tarit d’une année à l’autre, forçant une nouvelle trajectoire de croissance. Selon les prévisions de la Loi de Finances 2026, le PIB pétrolier ne représenterait plus que 2,2% du PIB contre 4,0% en 2023. À cet égard, nous voyons le verre à moitié-plein. La croissance économique se « délaisse » progressivement d’un facteur de ralentissement lié au vieillissement des gisements pétroliers. Seulement, l’impact en matière budgétaire est plus difficile à assimiler. Les recettes pétrolières ne représenteraient plus que 1,4% du PIB en 2026 contre 9,6% trois ans auparavant. Cette transformation économique, qui s’avère plutôt brusque, porte une série de ramifications :

  • La croissance économique serait davantage portée par le développement de secteurs clés comme l’Électricité, les BTP, les Télécoms et la Finance. Par conséquent, celle-ci serait moins exposée à la volatilité des matières premières ;
  • À l’avenir, après une phase de fort déclin des champs matures, le secteur pétrolier est paradoxalement susceptible de contribuer positivement à la croissance à moyen terme. Celui-ci serait soutenu par la nouvelle unité de raffinage dont la construction a été lancée en 2025, ainsi que les résultats escomptés des nouveaux forages dans le bassin de Rio del Rey, dans le projet Thali et au Nord ;
  • La transformation économique implique une politique volontariste d’investissement laquelle, en absence d’un réel sursaut des recettes ordinaires, impliquerait des besoins de financements conséquents.

Dans ce contexte, les nouvelles mesures introduites dans cette Loi de Finances 2026 présentent globalement un double objectif. D’une part, soutenir la Demande intérieure, pilier de la croissance au Cameroun. D’autre part, simplifier le dispositif fiscal pour un élargissement considérable la base des contribuables et par ricochet, un renforcement des revenus.

Cameroun : Un bilan de croissance 2025 mitigé

Selon les estimations du , la croissance 2025A devrait s’établir à +3,9%, légèrement en deçà de la prévision de la Loi de Finances Initiale (LFI) 2025, soit de -20 PBS. Cet écart s’explique par : 

  • La décélération du PIB pétrolier qui demeure un handicap pour la croissance économique en accumulant les contre-performances sous l’effet du vieillissement des gisements. Ainsi, cette composante affiche une baisse de -4,9% contre une estimation de -1,0% après des reculs de -9,7% en 2024 et de -1,8% en 2023. À fin 2025, le PIB pétrolier ne représente plus que 2,5% du PIB 2025A contre 4,0% en 2023 ; 
  • Le PIB non pétrolier, affiche pour sa part, une hausse de +4,2% quasi-équivalente à l’estimation de +4,3% de la Loi de Finances. Ce dynamisme trouve son origine dans le bon comportement des activités de l’Électricité, de l’Agroalimentaire et du BTP qui effacent le recul du secteur pétrolier, et font ressortir une croissance de +3,6% pour le secteur secondaire. D’un autre côté, le secteur tertiaire demeure un levier régulier de la croissance affichant une hausse de +4,3%. Enfin, la croissance du secteur primaire se situe dans la moyenne des trois dernières années, soit de +3,2%, freinée par la stagnation de l’activité forestière. 

Globalement, l’économie du Cameroun continue de surperformer la moyenne de dont la croissance recule à +2,4% en 2025 après +2,9% une année auparavant.

Un TRO autour des 90%

Par ailleurs, la planification budgétaire des investissements s’avère quelque peu optimiste. Initialement attendues en hausse de +28,5% à 1.668 MMFCFA, les dépenses en Capital 2025A sont estimées à un niveau de 1.516 MMFCFA, correspondant à un TRO autour des 90%.

Le Solde budgétaire devrait se creuser à -0,8% du PIB contre une estimation initiale de -0,3%. Cet écart s’explique, d’une part, par le recul de -30 PBS des recettes en lien avec la contraction des revenus pétroliers. D’autre part, les dépenses enregistreraient un dépassement de +20 PBS du PIB qui s’explique par un glissement des charges d’intérêt de la dette. En effet, la dette du Trésor se situe, selon les derniers chiffres officiels, autour de 44% du PIB, un niveau bien inférieur au plafond de de 50% ou encore du seuil communautaire CEMAC de 70%.

Cameroun : gain de dynamisme économique en 2026

En 2026, la croissance économique poursuivrait un rythme ascendant, bien que relativement modeste, à travers une croissance de +4,3% en hausse de +40 PBS par rapport à l’année précédente. Cette accélération s’expliquerait par : 

  • La croissance de +4,4% du secteur non pétrolier qui tient compte du bon comportement des sous-secteurs de l’agriculture avec le développement du Plan Intégré d’Import –Substitution Agropastoral et Halieutique (PIISAH), de la manufacture qui profite d’une meilleure offre énergétique, et du BTP qui bénéficie du programme d’investissements publics ; 
  • La quasi-stagnation de -0,1% du secteur pétrolier après deux années successives de fort repli. Celle-ci tient compte d’une hypothèse de recul du prix du pétrole exporté de -4,5% en 2026E après -12,9% en 2025. Le PIB pétrolier verrait ainsi son poids reculer à un niveau marginal de 2,2% du PIB. 

Selon une approche sectorielle, le secteur Primaire et dans une moindre mesure le Secondaire perdraient du terrain en faveur du secteur Tertiaire qui pèse dorénavant 53% du PIB. Il faudrait souligner que la stagnation du secteur pétrolier ne devrait pas éclipser la croissance significative prévue des sous-secteurs des BTP (+6,3%), de l’électricité (+5,5%) et de l’agroalimentaire (+5,4%) qui illustrent la transformation progressive hors pétrole de l’économie du Cameroun

Un possible apaisement des tensions inflationnistes

Globalement, l’économie du Cameroun devrait continuer à surperformer la moyenne régionale qui est estimée à +3,3% en 2026E, se hissant au niveau de la moyenne des pays de l’Afrique Sub-Saharienne dont la croissance est estimée à +4,4% selon le FMI.

Parallèlement, l’économie du Cameroun devrait enregistrer un nouvel apaisement des tensions inflationnistes. Ainsi, la hausse des prix devrait reculer à 3,0% en 2026E, après 3,2% en 2025 rejoignant ainsi le seuil des exigences de conformité de la région CEMAC. Cette décélération des prix bénéficie à la Consommation qui demeure le pilier de la croissance économique du pays avec un poids de 86,9%. Tandis que la contraction de l’activité pétrolière pèse sur le secteur Extérieur en ramenant la part des exportations des B&S à 11,0% du PIB contre 16,9% en 2023.

Une évolution du PIB à portée

Pour rappel, les hypothèses de construction de tiennent compte d’une série de postulats notamment une production de 20,9 millions de barils et 65 MM m3 de gaz, un prix mondial du pétrole à 65,9 $/bbl, du gaz naturel à 11,4 $/Tm, et enfin un taux de change de 570,9 FCFA/$.

L’hypothèse d’évolution du PIB formulée lors de cette Loi de Finances 2026 semble à portée. Les principaux freins à sa réalisation résident, à notre sens, dans le contexte sécuritaire à l’échelle régionale, l’environnement géopolitique mondial et dans une moindre mesure les conditions climatiques. Ces aléas pourraient affecter principalement l’évolution de la Consommation et de l’Investissement, piliers de la croissance économique au Cameroun.

Cameroun : un cadre budgétaire qui pèse sur la croissance 2026

Au titre de l’année 2026E, les agrégats budgétaires devraient connaître une évolution peu favorable à la consolidation budgétaire. En effet, les Dépenses totales sont attendues en hausse de +1.060 MMFCFA, correspondant à 4,2x le montant de la progression des Recettes et Dons. 

D’un côté, les Recettes internes subissent principalement la tendance baissière des revenus pétroliers. Ceux-ci sont attendus en baisse de -16,2%, ne représentant plus que 9,2% des recettes internes en 2026E contre 13,6% en 2024. Pour leur part, les recettes non pétrolières devraient réaliser une hausse de +10,2% alimentée principalement par la progression homogène des recettes fiscales de +10,7% et non fiscales de +10,8%.

D’un autre côté, les Dépenses affichent une évolution en ordre dispersé. La masse salariale est prévue en hausse maîtrisée de +3,5%, représentant 4,4% du PIB. Les dépenses courantes marquent une hausse plus prononcée de +9,5% dans les mêmes proportions de la hausse des transferts et subventions de +9,8%.

Une priorité aux investissements

Par ailleurs, cette Loi de Finances 2026E accorde une priorité aux investissements à travers un budget de 1.803 MMFCFA en hausse de +18,9%. Ceci démontre une ferme volonté de soutien de la diversification de l’économie du Cameroun face au tarissement des revenus pétroliers. Ainsi, le budget d’investissement de l’Administration centrale atteint 5,0% du PIB 2026E contre 3,6% deux années plus tôt.

Enfin, l’évolution rapide du service de la dette constitue, à notre sens, un point de vigilance. À l’issue d’une progression annuelle de +20,8%, le service de la dette (principal et intérêt) représente 34,6% des dépenses et près de 8,3% du PIB. La quote-part du service de la dette intérieure reste dominante représentant 61,5% contre 38,5% pour la part extérieure.

Une détérioration du solde budgétaire

L’évolution en ordre dispersé des Dépenses et des Recettes aboutit mécaniquement à une détérioration du solde budgétaire. Sans présenter un seuil inquiétant à -1,7% du PIB, ce niveau témoignerait de l’installation du solde budgétaire dans une zone de déficit structurel alors que traditionnellement cette économie préservait un niveau très proche de l’équilibre.

Toujours en deçà du seuil de 50% du PIB fixé comme plafond d’endettement selon le plan triennal 2025-2027E, et loin du seuil de convergence régional de 70%, le niveau d’endettement ne porte rien d’inquiétant en absolu. Pourtant, celui-ci présente, comme précisé auparavant, un coût significatif par rapport aux capacités budgétaires de l’économie du Cameroun. Le pays poursuit une politique économique assumée : renforcer la diversification économique du Cameroun et aspirer à une accélération de la croissance tout en assimilant progressivement le coût budgétaire.

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