Sociétés cotées : une croissance à deux vitesses au T1 2026
Les sociétés cotées au Maroc ont évolué au premier trimestre 2026 dans un environnement globalement moins favorable. Celui-ci a été marqué par une escalade des tensions militaires au Moyen-Orient ayant alimenté la volatilité des prix des intrants énergétiques, une perturbation des chaînes logistiques portuaires et enfin, des conditions climatiques exceptionnelles ayant impacté l’activité de plusieurs secteurs cotés.
Les messages clés à retenir en marge des publications trimestrielles des sociétés cotées sont les suivants :
- Après avoir enregistré la plus forte croissance trimestrielle des revenus depuis le deuxième trimestre 2022, soit +12,2 % au quatrième trimestre 2025 (plus haut niveau sur 14 trimestres), le marché actions affiche une décélération au premier trimestre 2026 à travers une progression du chiffre d’affaires de +6,8%. Un niveau inférieur à la moyenne de +8,5% constatée sur les quatre derniers trimestres ;
- La performance exceptionnelle des sociétés minières (+133 % ; +3,7 milliards de dirhams) masque une décélération plus marquée des revenus du marché. En retraitant ce secteur, la croissance du chiffre d’affaires de la cote ressort à seulement +2,6 %.
- Le secteur bancaire a contribué négativement à l’évolution des revenus de la cote et ce, pour la première fois depuis le deuxième trimestre 2021. Ce secteur, historiquement principal contributeur à la croissance du marché, affiche une baisse technique de son produit net bancaire de 1,1 milliard de dirhams. À l’origine, le repli attendu du résultat des activités de marché suite au retournement haussier du marché des taux obligataires durant ce trimestre.
- Les réalisations du marché au premier trimestre 2026 confortent notre scénario de croissance publié en début d’année. Celui-ci anticipe un superprofit des sociétés minières permettant de porter la croissance bénéficiaire de la cote à +10,2 % pour 2026.
- L’analyse des communiqués de résultats des sociétés cotées fait ressortir un optimisme des équipes dirigeantes. Ce dernier anticipe des réalisations relativement meilleures au deuxième trimestre. À l’origine de cet optimisme : l’amélioration des conditions climatiques, la reprise progressive des flux logistiques et l’accélération des différents chantiers d’investissement relatifs à l’organisation de la Coupe du Monde 2030.
Une croissance trimestrielle cachant de grandes disparités sectorielles
Au premier trimestre 2026, les sociétés cotées ont opéré dans un environnement moins favorable marqué par l’escalade des tensions militaires au Moyen-Orient, une pluviométrie exceptionnelle ayant impacté le rythme de livraison de certains secteurs, la perturbation des chaînes logistiques et le renchérissement des intrants énergétiques. Après avoir enregistré un plus haut de +12,2 % au quatrième trimestre 2025, la croissance des revenus de la cote affiche une décélération à +6,8 % au premier trimestre 2026. Un niveau inférieur à la moyenne trimestrielle observée durant l’année 2025 de +8,5 %.
Le secteur minier est le premier contributeur à la hausse du chiffre d’affaires de la cote pour le deuxième trimestre consécutif. Il s’agit d’une progression de +3,7 milliards de dirhams portée par Managem (+3,4 milliards de dirhams). L’opérateur minier tire profit d’un double effet prix/volume positif. Hors mines, la croissance du chiffre d’affaires du marché actions ressort à seulement +2,6%.
Pour la première fois depuis le deuxième trimestre 2021, le secteur bancaire accuse une baisse de son produit net bancaire trimestriel de 1,1 milliard de dirhams. À l’origine, la remontée des taux ayant impliqué une baisse technique du résultat des activités de marché du secteur coté, soit -59,4% (-2,8 milliards de dirhams).
Sur la base de leur capitalisation boursière, les secteurs cotés affichent les évolutions suivantes en termes de chiffre d’affaires :
- 11 secteurs cotés, représentant près de 55% de la capitalisation boursière globale de la cote, enregistrent une hausse de leur niveau d’activité à fin mars 2026 : Mines (+133%), Assurances (+26,5%), Automobile (+19,6%), Santé (+17,7%), Grande Distribution (+15,9%), Nouvelles Technologies de l’Information (+14,8%), Ports (+12,1%), Industries & Services (+9,8%), Financement (+7,8%), Télécommunications (+5,0%) et Bâtiment et Travaux Publics (+2,3%).
- 5 secteurs cotés, dont le poids dans la capitalisation du marché dépasse 45%, ont accusé des baisses de leurs revenus consolidés : Immobilier (-4,1%), Banques (-4,4%), Énergie (-6,9%), Agri-Business (-7,8%) et Ciment (-11,6%).
La performance des mines masque un ralentissement de la croissance
Afin d’illustrer la contribution grandissante du secteur minier à la croissance des revenus consolidés de la cote sur la période 2020-2026, nous avons retracé l’évolution trimestrielle du chiffre d’affaires agrégé des sociétés cotées en retraitant le secteur minier sur cette période.
Deux grandes tendances se dégagent :
- Premier trimestre 2020 – troisième trimestre 2025 : les performances du secteur minier n’avaient pas d’impact significatif sur le profil de croissance des revenus du marché. À cet effet, l’écart de croissance entre le marché et le marché hors mines ressort limité à 20 points de base en moyenne.
- À compter du quatrième trimestre 2025 : la contribution du secteur minier à la croissance des revenus du marché devient de plus en plus visible, représentant plus de la moitié de l’évolution du chiffre d’affaires global. L’écart de croissance entre les deux segments du marché s’élève à 450 points de base en moyenne sur la période étudiée.
Cette nouvelle configuration de la croissance conforte nos prévisions de croissance communiquées en début d’année. Celles-ci anticipent des superprofits du secteur minier en 2026 permettant de porter la croissance annuelle des bénéfices de l’AGR-30 à +10,2%.
Vers une reprise des sociétés cotées au deuxième trimestre 2026
À la lecture des différents communiqués de résultats publiés à fin mai 2026 par les sociétés cotées, nous relevons un discours globalement optimiste du Top-Management pour le second trimestre 2026. En effet, le Management s’attend à une reprise de l’activité et ce, en comparaison à ce premier trimestre.
En dépit de la persistance des tensions géopolitiques à l’international et ses répercussions sur les chaînes logistiques et le coût des intrants, les arguments suivants sont avancés au niveau des communiqués :
- L’amélioration des conditions climatiques permettant une reprise de la cadence des chantiers ;
- L’accélération des projets d’infrastructure en marge de l’échéance cruciale de la Coupe du Monde 2030 ;
- Le retour progressif à la normale des chaînes logistiques.