Les causes de la récente correction du MASI

Le MASI a enregistré une forte correction de -12% entre le 20 février et le 03 mars 2026, malgré l’accélération des revenus des sociétés cotées au T4-25 à +12,2%, dans un contexte particulier marqué par l’escalade des tensions militaires au Moyen-Orient. Il s’agit de l’une des plus importantes contre-performances parmi les bourses africaines et européennes. 

Sur la base de notre propre analyse, nous ressortons avec quatre messages clés : 

  • La correction du MASI ne s’explique pas uniquement par les tensions géopolitiques, mais également par des facteurs purement domestiques. D’une part, la montée en force du poids des « Particuliers » contribue aujourd’hui à amplifier les phases baissières du marché. D’autre part, la multiplication des opérations de financement de l’État via les OPCI, aurait affaibli la position « acheteuse » des institutionnels envers les Actions ; 
  • Deux enseignements se dégagent en marge de cette correction. Le premier met en lumière la vulnérabilité des valeurs « chères » lors des phases baissières du marché. Le second atteste que cette correction repose davantage sur une logique de flux plutôt que d’une réaction négative des investisseurs par rapport aux résultats des sociétés cotées ; 
  • L’expérience des marchés montre que les corrections liées aux tensions géopolitiques sont généralement de nature ponctuelle. En effet, les investisseurs sont amenés tôt ou tard à se recentrer sur les fondamentaux économiques et les perspectives des sociétés cotées et ce, dès l’émergence des premiers signes d’apaisement des tensions géopolitiques ; 
  • La correction du marché Actions offrirait des fenêtres tactiques de repositionnement, au sein de 5 secteurs en particulier : Banques, BTP, Santé, Ciment et Port. Ces secteurs affichent des baisses importantes de leur multiple de valorisation (P/E) sans pour autant accuser une détérioration de leurs perspectives de croissance sur le MT. 

Décryptage de la correction du MASI : Au-delà du facteur géopolitique

La guerre au Moyen-Orient ne peut justifier à elle seule la correction du MASI

Durant la période marquée par l’escalade des tensions militaires au Moyen-Orient, allant du 20 février au 03 mars 2026, le marché boursier marocain accuse l’une des plus fortes corrections par rapport aux indices africains et européens. Sur la même période, le MASI affiche une baisse plus prononcée que celle observée sur le marché égyptien, soit de -12% contre -8% respectivement. Pourtant, l’Égypte demeure plus exposée aux conséquences économiques de ce conflit géopolitique.

Cette forte correction du marché marocain ne peut être attribuée exclusivement au contexte géopolitique, qui impacte naturellement l’aversion au risque des investisseurs, mais aussi, à des facteurs purement domestiques. Ces derniers auraient selon nous, accentué l’amplitude de la baisse du MASI.

La reconfiguration de la structure du marché à travers la montée en charge des "particuliers"...

Au cours des deux dernières années, a connu une reconfiguration profonde. Celle-ci est marquée par le grand retour des investisseurs individuels dont le poids dans les volumes aurait plus que doublé passant d’une moyenne de 12% durant la période 2019-2023 à 28% à compter de 2025.

Au-delà de qui demeure historiquement le principal facteur d’attrait des personnes physiques en Bourse, nous relevons l’émergence d’une quinzaine d’opérateurs de Gestion Sous Mandat dédiés essentiellement à ce segment. Ces derniers s’accaparent aujourd’hui près de 80 MMDH dont 15% dédié à la poche Actions. Face à la forte concurrence en termes de collecte et de performance, ces opérateurs adoptent une rotation élevée de leur portefeuille. Selon nos échanges avec les différents opérateurs du marché, la rotation annuelle des portefeuilles Actions des gérants sous mandat ressortirait entre [3x et 6x] contre un niveau moyen de 0,5x pour les OPCVM Actions classiques.

...conjuguée au recours intensif du Trésor aux mécanismes de financements innovants...

Dans le cadre de sa stratégie visant à diversifier ses sources de financement et à contenir la pression sur ses équilibres budgétaires, le Trésor a accéléré son recours aux mécanismes de financements innovants et ce, à travers la valorisation et la gestion active du patrimoine immobilier de l’État. Depuis 2022, ces dispositifs ont mobilisé plus de 115 MMDH, dont 35% réalisés en 2025, soit un rythme d’exécution supérieur à 110% par rapport aux prévisions de la Loi de Finances 2025. Selon nous, cette dynamique en termes de levée devrait se poursuivre en 2026 avec un volume cible autour des 20 MMDH.

Dédiés aux investisseurs institutionnels, ces produits structurés en OPCI, offrent des rendements annuels très attractifs, autour des 6,0%. Un niveau deux fois supérieur au rendement des 10 ans et au D/Y moyen du marché Actions. Il est ainsi naturel que la montée en puissance des financements innovants capterait une partie de l’épargne institutionnelle au détriment des Actions. Dans une logique proactive, les institutionnels seraient amenés régulièrement à procéder à des opérations d’arbitrage sur le marché Actions afin de dégager les liquidités nécessaires pour ce type d’opération.

…alimentent structurellement la volatilité du marché Actions marocain

Dans cette nouvelle configuration, le marché Actions marocain semble connaître un changement de régime en matière de volatilité. En effet, notre indice « AGR volatilité 1M » passe d’une moyenne de 8,7% durant la période 2010-2019 à 14,6% sur 2025-2026. En d’autres termes, notre marché boursier aurait tendance à amplifier à CT l’impact des chocs exogènes en raison de la combinaison de deux facteurs : 

  • La montée en charge du poids des Particuliers dont l’horizon d’investissement demeure généralement CT avec un taux de rotation relativement élevé des portefeuilles ; 
  • L’affaiblissement de la position acheteuse des Institutionnels, particulièrement durant les phases marquées par le dynamisme des opérations OPCI de l’État. 

Résultats des sociétés cotées : croissance des revenus au t4-25

Au titre du T4-25, affichent une accélération de la croissance de leurs revenus à +12,2% contre une moyenne de +7,2% durant les 3 premiers trimestres de l’année. Le CA agrégé de la cote ressort ainsi à 98,4 MMDH, en hausse de +10,7 MMDH. À l’origine de cette performance, les secteurs Mines et BTP qui contribuent à plus de 60% à la hausse des revenus agrégés de la cote (+6,7 MMDH). Plus en détails, nous relevons les constats suivants : 

  • Les revenus trimestriels des Mines ont été multipliés par 2,6 fois passant de 2,7 MMDH au T4-24 à 7,0 MMDH au T4-25 (+4,3 MMDH). À l’origine, la hausse des cours moyens de l’Or et de l’Argent de +52,4% et de +67,8% respectivement sur la même période. Le secteur des BTP enregistre une hausse de son CA de +21,6% (+2,4 MMDH) portée par la et l’opération de croissance externe de TGCC ; 
  • Seul le secteur Énergie accuse une baisse de ses revenus de -517 MDH au T4-25 (-5,7%) sous l’effet de la baisse des cours des produits énergétiques à l’international. À noter que la variation du CA des distributeurs énergétiques n’impacte pas directement leur niveau de profitabilité, à l’image de

Performance sectorielle du marché actions en 2025

Au terme de l’exercice 2025, le CA global tel que publié par le marché Actions affiche une hausse soutenue de +10,1%, soit 2,0 fois supérieur au taux de croissance annuel observé durant la période 2023-2024. En proforma, la progression des revenus ressort à +8,9%. Par secteur d’activité, nous relevons les tendances suivantes : 

  • 14 secteurs cotés, représentant 84% de la capitalisation du marché, ont connu une amélioration de leur CA annuel : Mines (+52%), Santé (+45%), BTP (+30%), Automobile (+28%), Port (+15,5%), NTI (+14,8%), Ciment (+14,4%), Industries & Services (+13,9%), Grande Distribution (+12,9%), Financement (+9,3%), Assurances (+8,7%), Immobilier (+8,3%), Banques (+5,3%) et Agri-business (+3,7%) ; 
  • Le secteur des Télécoms affiche une quasi-stagnation de ses revenus tandis que le secteur de l’Énergie a vu son CA cumulé baisser de -4,5% en 2025. Ce dernier pèse plus de 7% dans la capitalisation boursière globale. 

Confirmation du scénario de croissance 2025

Il est réconfortant de constater que les résultats 2025 de notre univers de valeurs (AGR-30), sont quasiment en ligne avec nos prévisions. En effet, le CA agrégé de l’AGR-30 affiche une croissance de +8,6% en 2025 contre une estimation de +8,2%, soit un taux de réalisation des prévisions moyen proche des 100%. 

Par secteur d’activité, les taux de réalisation varient entre 92% et 133% comme illustré dans le tableau ci-dessous : 

  • Les secteurs Mines, Immobilier, NTI, BTP, Automobile et Ciment affichent des revenus légèrement supérieurs à nos dernières prévisions ;
  • Le CA des secteurs Agri-business et Port est quasiment identique à nos estimations ; 
  • Les revenus des secteurs Banques, Télécoms, Énergie, Grande Distribution et Santé ressortent légèrement inférieurs à nos anticipations. 

Les écarts les plus significatifs ayant attiré notre attention sont les suivants : 

  • Le secteur Minier affiche un CA cumulé de 15.951 MDH contre une estimation AGR de 12.019 MDH, soit un taux de réalisation élevé de 133%. À l’origine de ce décalage, les performances exceptionnelles de Managem grâce à un double effet « Prix/Volume » qui dépassent nos prévisions conservatrices ; 
  • Le secteur de l’Énergie affiche un taux de réalisation de 92%, soit un CA réalisé de 25.765 MDH en 2025 contre des prévisions AGR de 27.998 MDH. Cet écart provient principalement du Groupe TotalEnergies Maroc dont le CA demeure impacté par le prix d’achat de l’essence et du diesel à l’international. À noter que ces fluctuations n’impactent pas la marge de distribution de l'opérateur. 

Comment tirer parti de la récente correction du MASI ?

Deux messages forts à retenir de la récente correction du marché Actions 

  • Message 1 : Les valeurs relativement chères demeurent généralement les plus vulnérables durant les phases de correction du marché. Durant la période du 20 mars au 03 février 2026, les titres dont le P/E 26E est supérieur à 30x affichent la contre-performance la plus élevée, soit de -15% contre -9% pour les titres ayant un P/E inférieur à 20x. 

    La dispersion des nuages de points du marché Actions marocain, met en évidence une sensibilité relativement élevée des titres « chers » durant les phases de correction. Un constat qui confirme le phénomène de compression des multiples lors des phases de stress de marché ;
     

  • Message 2 : La correction du marché semble davantage répondre à une logique de « flux » visant à dégager de la liquidité, plutôt qu’à une réaction négative des investisseurs face aux résultats trimestriels des sociétés cotées. En effet, deux indicateurs soutiennent ce constat : 

    - Durant la période étudiée, les Grandes Capitalisations offrant des niveaux de liquidité élevés accusent la plus forte correction, soit -13% contre -10% pour les Small-Cap et -9% pour les Mid-Cap ; 

    - Pourtant, les réalisations du T4-25 des Grandes Capitalisations demeurent positives. Il s’agit d’une hausse des revenus de +14% contre +10% pour les Mid-Cap et +12% pour les Small-Cap.

La correction comme fenêtre de repositionnement tactique autour de 5 secteurs

Historiquement, les épisodes de tensions géopolitiques ont tendance à provoquer des phases de volatilité accrue sur les marchés financiers, se traduisant par des mouvements de baisse des Actions sous l’effet de la montée de l’aversion au risque. Toutefois, l’expérience des marchés montre que les corrections liées aux tensions géopolitiques sont de nature ponctuelle. En effet, les investisseurs sont amenés à se recentrer rapidement sur les fondamentaux économiques et les perspectives de croissance bénéficiaire des entreprises dès l’émergence des premiers signes d’apaisement des crises.

Dans cette perspective, nous croyons que la récente correction du marché Actions marocain offrirait des opportunités tactiques de repositionnement. Il s’agit particulièrement des secteurs dont la baisse de leur niveau de valorisation ne reflète pas nécessairement une détérioration de leurs perspectives de croissance sur le MT.
En combinant les facteurs suivants : (1) Amplitude de la baisse du P/E 26E, (2) Prévisions de croissance des bénéfices en 2026E et (3) Résilience du modèle de croissance sur le MT, cinq secteurs se distinguent :

  • Banques : Le P/E 26E affiche un repli de -12% par rapport à mars 25, passant de 13,5x à un niveau historiquement bas de 11,9x. Parallèlement, la croissance des bénéfices du secteur demeure résiliente autour de +7% sur le MT ; 
  • Ciment : Le P/E 26E recule de -29% comparativement à mars 25, passant de 23,7x à 16,9x alors que la croissance des bénéfices est attendue à +12,8% en 2026 ; 
  • BTP : Le P/E 26E ressort à 28x contre 41x affiché en mars 25, en baisse de -31%. Un niveau attractif tenant compte d’un profil de croissance des bénéfices soutenu de +35% en 2026 ; 
  • Santé : Le P/E 26E affiche un repli significatif de -41%, passant de 35x en mars 2025 à moins de 21x post-correction. Parallèlement, la croissance des profits demeure toujours soutenable à plus de +30% en 2026E ; 
  • Port : Le P/E 26E ressort désormais à 30x contre 36x en baisse sensible de -17%. Tenant compte des perspectives de développement solide du secteur sur le MT, ses niveaux de valorisation demeurent toujours attractifs. 

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