Dans un environnement global marqué par des ajustements rapides, les tendances des marchés au premier semestre 2026 s’inscrivent dans un contexte de mouvements de taux et de dynamiques de change de plus en plus sensibles. Cette nouvelle édition de Market Insights propose ainsi un décryptage des principales évolutions observées sur la période. L’objectif est simple : offrir des repères clairs et concrets pour mieux comprendre les conditions actuelles, que l’on soit investisseur, entreprise importatrice ou exportatrice, ou acteur institutionnel exposé aux fluctuations financières.
Les marchés des changes et les facteurs du dirham
Le point de départ de l’analyse concerne le marché des changes, et plus particulièrement le dirham. Comprendre ce qui influence la valeur du dirham revient à observer deux grands moteurs interdépendants au cœur des tendances des marchés du moment. Le premier est d’ordre international et repose sur la dynamique de la paire euro-dollar. Le dirham est en effet indexé sur un panier composé à 60% d’euro et à 40% de dollar.
Ainsi, toute variation de l’euro face au dollar se transmet mécaniquement aux autres devises contre le dirham. Lorsque l’euro-dollar fluctue, cela se répercute directement sur la valorisation des devises étrangères par rapport à la monnaie nationale. Ce lien structurel constitue un premier facteur déterminant dans l’évolution du marché de change marocain.
La liquidité sur les marchés de change
Le second facteur est d’ordre domestique et repose sur la liquidité en devises sur le marché local. Cette liquidité correspond à l’équilibre entre l’offre et la demande de devises étrangères. L’offre provient principalement des recettes issues des exportations, des transferts des Marocains résidant à l’étranger ainsi que des revenus du tourisme. À l’inverse, la demande de devises est portée par les importations, notamment dans les secteurs de l’énergie et des équipements, mais aussi par l’ensemble des besoins liés aux échanges commerciaux internationaux.
Lorsque l’offre de devises est supérieure à la demande, le dirham tend à s’apprécier, ce qui signifie que les devises étrangères deviennent moins chères. Cependant, lorsque la demande excède l’offre, une tension s’installe sur le marché et le dirham se déprécie face aux autres devises. Ce mécanisme simple, mais fondamental, structure en permanence les équilibres du marché de change.
Les tendances des marchés et la flexibilité du dirham
Dans ce contexte, la notion de flexibilité du dirham revient de plus en plus dans les discussions économiques, portée par les tendances des marchés au cours des premiers mois de l’année. Depuis 2018, le Maroc a engagé une transition progressive vers un régime de change plus flexible. Cette évolution vise à renforcer la capacité de l’économie à absorber les chocs externes et à améliorer sa compétitivité.
La première étape de cette transition a consisté à élargir la bande de fluctuation autour du cours central à plus ou moins 2,5%. Par la suite, en 2020, cette bande a été élargie à plus ou moins 5%, après validation des objectifs fixés par Bank Al-Maghrib. Cette évolution progressive traduit une volonté d’adaptation du cadre monétaire aux réalités économiques et financières internationales.
Une volatilité plus visible sur le marché de change
L’un des effets directs de cette flexibilité accrue est une volatilité plus visible sur le marché de change. Cette volatilité s’explique d’abord par l’élargissement de la bande de fluctuation, qui offre mécaniquement plus d’espace aux variations du dirham. Des mouvements auparavant contenus se manifestent désormais de manière plus visible. Mais cette volatilité reflète également un autre phénomène : la montée en maturité du marché de change marocain.
Le marché interbancaire a connu une forte croissance ces dernières années, avec un volume de transactions qui est passé d’environ 150 milliards de dirhams en 2018 à plus de 300 milliards aujourd’hui. Cette évolution témoigne d’un marché plus profond, plus actif et davantage porté par les échanges entre banques, sans intervention directe de la banque centrale depuis plusieurs années. L’ajustement libre de l’offre et de la demande constitue aujourd’hui un signe de maturité financière, même si cela s’accompagne d’une volatilité plus marquée.
Entre liquidité locale et dynamique internationale
Cette dynamique de marché se reflète également dans l’évolution de la liquidité en devises. Les niveaux observés depuis le début de l’année montrent une tendance à un resserrement progressif, passant d’environ -3% à -2% dans la bande de fluctuation. Cette évolution s’explique notamment par la reprise de certaines importations et par la reprise progressive de secteurs clés tels que l’automobile, le textile ou encore le BTP.
Ces secteurs, fortement consommateurs de devises, influencent directement les équilibres du marché. À court terme, des ajustements peuvent encore intervenir, notamment en fonction des flux saisonniers, des transferts en devises ou des variations des échanges internationaux. Une légère détente de la liquidité peut ainsi être observée selon les périodes, en fonction de ces différents facteurs structurels et conjoncturels.
Un renforcement du dollar face à l’euro
Le marché euro-dollar constitue un autre élément central dans l’analyse des conditions de marché. Les mouvements observés récemment montrent un renforcement du dollar face à l’euro, avec un passage d’environ 1,20 à 1,16 sur la période étudiée. Ce mouvement s’explique par plusieurs facteurs, notamment un contexte géopolitique marqué par des tensions au Moyen-Orient, une hausse du prix de l’énergie et du pétrole, ainsi qu’une inflation persistante aux États-Unis.
Ces éléments ont réduit les perspectives de baisse des taux américains, renforçant l’attractivité du dollar en tant que valeur refuge. Dans un environnement incertain, les investisseurs ont tendance à privilégier les actifs jugés plus sûrs, ce qui soutient mécaniquement la devise américaine.
Gestion du risque de change dans un environnement volatil
En combinant ces différents facteurs, les perspectives à court terme suggèrent une poursuite d’un environnement caractérisé par une certaine volatilité, tant sur la liquidité que sur le marché euro-dollar. Les niveaux actuels de liquidité devraient évoluer dans une fourchette relativement stable autour de -2 % à -3 %, tandis que le dollar pourrait conserver une position relativement forte dans les prochains mois. Cette configuration crée un environnement où la gestion du risque de change devient un enjeu central pour les acteurs économiques.
Dans ce contexte, les entreprises exposées aux marchés internationaux disposent aujourd’hui de plusieurs instruments de couverture leur permettant de mieux maîtriser leur exposition. Le premier est le change à terme, également appelé forward, qui permet de fixer aujourd’hui un cours de change pour une transaction future. Cet outil est particulièrement utile pour sécuriser une marge ou un coût d’endettement, en éliminant l’incertitude liée aux fluctuations de marché. Il peut être utilisé sur des maturités relativement longues, allant parfois au-delà d’un an.
Le second instrument est l’option de change, qui offre une protection contre un mouvement défavorable du marché tout en conservant une flexibilité en cas d’évolution favorable. Cette solution permet de bénéficier d’un certain potentiel d’opportunité tout en limitant le risque de perte. Ces instruments répondent à des besoins différents selon le profil de l’entreprise, son niveau d’exposition et sa tolérance au risque.
Tendances des marchés et perspectives des conditions financières
Dans les conditions actuelles de marché, marquées par une volatilité croissante mais également par des niveaux jugés intéressants sur certaines paires de devises, les tendances des marchés au premier semestre 2026 font apparaître des opportunités pour les entreprises importatrices et exportatrices. Les exportateurs en euro peuvent trouver des niveaux attractifs pour sécuriser leurs flux, tandis que les importateurs en dollar disposent également de fenêtres favorables pour mettre en place des stratégies de couverture. L’enjeu principal réside dans l’anticipation et la mise en place proactive de ces stratégies, afin d’optimiser la gestion du risque.
Enfin, la transition vers les marchés de taux et la dette privée permet d’élargir la lecture des conditions financières globales. Le marché obligataire joue un rôle central dans la structuration des taux d’intérêt, avec le Trésor comme référence principale via la courbe des taux. L’évolution des taux dépend de plusieurs facteurs clés, notamment les besoins de financement de l’Ét at, la politique monétaire et les niveaux de liquidité disponibles sur le marché. Les années récentes ont montré des phases successives de détente et de remontée des taux, reflétant l’ajustement entre politique monétaire et conditions budgétaires.
Parallèlement, le marché de la dette privée connaît une montée en puissance significative. Avec un encours dépassant les 400 milliards de dirhams, il constitue aujourd’hui une source de financement structurante pour les entreprises. Ce marché répond à un double besoin : celui des émetteurs, qui cherchent à diversifier leurs sources de financement, et celui des investisseurs, en quête de rendement supérieur aux bons du Trésor. La dette privée permet ainsi d’introduire une prime de risque en contrepartie d’un rendement plus élevé, tout en offrant une diversité de signatures et de profils de crédit.
Les principaux instruments du marché de la dette privée
Les instruments disponibles sur ce marché sont variés. Les titres de créances négociables permettent de répondre à des besoins de court terme liés à la trésorerie, tandis que les obligations couvrent des horizons plus longs, allant jusqu’à plusieurs décennies. La titrisation, quant à elle, permet de transformer des actifs en titres financiers structurés, offrant ainsi des solutions adaptées à des besoins spécifiques. L’accès à ce marché repose sur un processus structuré, impliquant une analyse financière préalable, un accompagnement par des conseils spécialisés, tels que Attijari Finances Corp., une validation réglementaire et une phase de placement auprès des investisseurs.
Au final, les marchés financiers évoluent aujourd’hui dans un environnement plus complexe, mais également plus mature et plus profond. La volatilité observée n’est pas seulement un facteur de risque, elle reflète aussi la normalisation et la sophistication croissante des mécanismes de marché. Dans ce contexte, la compréhension des dynamiques de change, de taux et de financement devient essentielle pour anticiper les évolutions et adapter les stratégies financières de manière efficace et éclairée.