La dette souveraine est devenue un pilier du financement des États en Afrique, les banques jouant un rôle de plus en plus structurant dans la mobilisation des ressources nécessaires au développement. Dans une interview, Youssef Rouissi, Directeur Général Adjoint du groupe Attijariwafa bank, revient sur les enjeux liés à cette dynamique et sur la nécessité pour les banques de trouver un équilibre entre soutien aux États, gestion des risques et préservation de la solidité de leurs bilans.

Le rôle des banques dans le financement de la dette souveraine

La dette souveraine occupe aujourd’hui une place centrale dans les économies africaines, portée par d'importants besoins d'investissement dans les infrastructures, l'énergie et les transports. Les États s’appuient fortement sur le secteur bancaire pour soutenir ces investissements essentiels, faisant des banques des partenaires privilégiés du financement public.

Au cours des dix dernières années, la part de la dette souveraine dans les bilans bancaires est passée d’environ 20% à près de 35%, illustrant une implication croissante du secteur financier dans l’accompagnement des États. Au Maroc, les atteignent près de 800 milliards de dirhams, dont environ 90% sont investis dans des actifs monétaires et obligataires, contribuant directement au financement de l’État.

Un cadre réglementaire strict

Cet engagement s’accompagne toutefois d’un cadre réglementaire strict. Les banques doivent respecter les exigences des autorités de régulation et des banques centrales, notamment en matière de concentration des portefeuilles, de gestion des maturités et de prise en compte des notations souveraines. Ces notations influencent directement les niveaux de provisionnement et les exigences en fonds propres, ce qui impose une gestion prudente et équilibrée des expositions.

Les banques au service du financement public et des projets stratégiques 

En dépit de ces contraintes, les banques jouent également un rôle essentiel dans le fonctionnement des marchés de la dette souveraine. Elles interviennent à plusieurs niveaux : sur le marché primaire lors des émissions obligataires, sur le marché secondaire, ainsi que dans les activités de market making et d’arrangement des opérations de dette souveraine. Cette présence permet aux banques d'accompagner les émissions de dette souveraine et le fonctionnement des marchés concernés. 

Dans ce contexte, la question de la diversification des risques et des sources de financement devient essentielle. Les États doivent diversifier leurs instruments de financement, tandis que les banques doivent veiller à équilibrer leurs portefeuilles afin d’assurer la soutenabilité de leur exposition à la dette souveraine.

Au-delà de leur rôle auprès des États, les banques africaines interviennent également dans le financement de projets économiques structurants, notamment dans les secteurs des ressources naturelles et des industries extractives. Ce type de financement repose sur des montages de project finance, particulièrement utilisés pour certains projets dans les industries extractives et les ressources naturelles.

De la dette souveraine aux financements structurés

Ces projets s’inscrivent dans un environnement multidevise, où les projets sont souvent libellés en dollars ou en euros, tandis que les bilans des banques africaines restent majoritairement en monnaie locale. Cette réalité impose une gestion fine des risques de change et favorise la mise en place de mécanismes de partage des risques et de coopération entre acteurs financiers.

Les banques recourent ainsi à des opérations de syndication, en collaboration avec des institutions internationales et des bailleurs multilatéraux, afin d’associer des ressources en monnaie locale et en devises. Cette approche favorise le partage des risques entre les différents acteurs financiers.

300 millions d’euros pour le projet Boto au Sénégal

Le projet Boto au Sénégal, financé à hauteur de 300 millions d’euros avec la participation du , illustre cette dynamique de financement structuré et internationalisé. Il met en évidence la capacité des banques à mobiliser des ressources diversifiées pour accompagner des projets d’envergure, tout en assurant un équilibre entre différentes sources de financement.

Dans cette même logique de diversification, les fonds de dette apparaissent comme un levier complémentaire important. Ils permettent de mobiliser l’épargne institutionnelle et d’attirer des investisseurs aux côtés des banques pour financer directement des projets dans les infrastructures, les énergies renouvelables ou les secteurs extractifs.

 

Ainsi, les banques en Afrique occupent une position centrale dans l’écosystème financier du continent, à la fois comme acteurs majeurs du financement des États et comme catalyseurs de solutions innovantes pour accompagner le développement économique de manière durable et équilibrée.

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